• Site mis à jour le 08 juillet 2019, 15:43

souliersQui irait chercher du symbolisme dans le pied ou la chaussure ? Les pieds sont souvent représentés dans les peintures rupestres ou préhistoriques pour indiquer la présence d’humains. Depuis les temps anciens, ils symbolisent la force de l’âme, en ce qu’ils sont le support de la station debout, caractéristique de l’homme. Les éclaireurs ont toujours accordé une grande importance aux empreintes de pied. 

Dès l’antiquité, se lever du pied gauche était considéré comme un mauvais présage pour le jour à venir. On représentait autrefois les êtres démoniaques avec des pieds d’animaux. Les pieds de bouc du diable en sont un exemple particulièrement connu et symbolisent la perte de la valeur humaine. 

Le pendu, douzième arcane majeur du Tarot, est illustré par une personne svelte, suspendue dans le vide dont le pied gauche et les bras sont liés, n’ayant de libre que la jambe droite qu’il replie derrière la gauche, pour former une croix renversée. Ses préoccupations sont terrestres. 

Très ancienne, la chaussure apparaît d’abord sous la forme la plus rudimentaire d’une simple semelle de bois ou de cuir, attachée au pied par des cordons. Les disciples de Pythagore devaient se fabriquer des chaussures en écorce d’arbre, certainement pour ne pas utiliser le cuir des animaux. Le mot chaussure vient du latin calceus et désigne toute enveloppe qui protège le pied.

Symbole du voyageur, la chaussure était pour les Anciens un signe de liberté. A Rome les esclaves allaient pieds nus. L’époque médiévale accorda également une grande importance à la chaussure, et le pied déchaussé fut longtemps un symbole ésotérique.

Dans les contes  de Perrault, le « Petit Poucet »  se sert des bottes de sept lieues comme d’un instrument au service du pouvoir. Après les avoir volées à l’ogre, symbole du pouvoir négatif, il les chausse pour se mettre au service de son souverain et sauve le royaume. La botte devient ainsi l’auxiliaire de la puissance avec la faculté de s’adapter au pied qui la chausse. On la retrouve également dans le « Chat botté » où cette fois elle se met au service de la ruse et de l’espoir.

Dans « Cendrillon » par contre, les pantoufles en fourrure d’écureuil servent l’amour et l’ascension sociale. La servante devient princesse par le seul fait d’être chaussée et la vie triste de la jeune fille attisant son esprit s’ouvre dès lors sur un avenir plein d’amour et de bonheur comme dans tous les contes de fées. Les pantoufles fourrées offertes par sa marraine la fée n’étaient donc pas un cadeau innocent. Qui aurait soupçonné une telle puissance dans des chaussures ?

La bible aussi nous offre, mais de façon plus spirituelle, du symbolisme dans la chaussure. Dieu, sur le mont Sinaï, ne demande-t-il pas à Moïse de se déchausser pour recevoir ses dix commandements ? Pourquoi cet ordre, si ne n’est pour signifier le respect et l’obéissance à la personne divine. Selon le livre de Ruth (IV, 7-8), la chaussure devient le symbole du droit de propriété. Il nous indique que : « C’était autrefois la coutume en Israël, en cas de rachat ou d’échange, pour valider toute affaire ; l’une des parties tirait sa sandale et la donnait à l’autre ». 

Mais le pied chaussé est par ailleurs symbole de liberté, à l’image du dieu Mercure (l’hermès grec) qui portait des ailes à ses sandales. Cette idée de liberté, associée à la chaussure, se retrouve notamment dans la parabole du « Fils prodigue »  qui, après avoir quitté la maison paternelle, s’en va mener avec sa part d’héritage une vie de débauche. A l’issue de celle-ci, se rendant compte de son malheur, il revient vers son père et lui demande pardon. Ce père le rétablit dans son alliance, en lui donnant des habits de fête, un anneau d’or et des chaussures. 

Elles sont ici symbole de confiance et d’amour car elles différencient l’esclave aux pieds nus de l’héritier, en le rétablissant dans sa dignité de fils et en lui laissant surtout la possibilité de repartir d’un bon pied.

Les Hellènes donnaient à la mort un aspect beaucoup moins lugubre, tel est cet emblème gracieux et mélancolique que l’on rencontre sur des anciennes pierres sépulcrales : c’est un pied ailé, auprès d’un caducée, et au-dessus un papillon qui prend l’essor. Le pied ailé est l’indice de celui qui n’est plus, et qui va suivre, à travers les airs, Mercure et son caducée ; le papillon est l’image de l’âme qui monte au ciel. Chez les Grecs, les pieds de profil étaient pris pour le signe ou le symbole d’une chose perdue. 

Dans les vingt quatre chants de l’Iliade attribués à Homère, Hector expirant rassemble ses dernières forces pour demander un tombeau à son vainqueur : « Je t’en supplie par tes genoux, par ta vie, par tes parents, ne m’emmène pas auprès des vaisseaux des Grecs pour être déchiré par les chiens ; mais accepte l’airain et l’or que t’offriront en abondance mon père et ma mère vénérable, et rends-leur mon corps, pour que les Troyens et les épouses des Troyens me rendent les honneurs du bûcher ».  Achille, héros au pied vulnérable, est impitoyable. La mort du meurtrier de Patrocle ne peut lui suffire. Il s’empare du corps qu’il attache à son char par les pieds et le traîne autour des murailles de Troie. 

Curieusement, la botte militaire apparaît dès l’époque de la guerre de Troie. La valeur symbolique de la botte tient au fait qu’elle protège le pied et la jambe et qu’elle est profondément reliée à l’idée d’une invulnérabilité des membres inférieurs. 

En gravant sur les tombeaux des pieds, les Anciens ont voulu exprimer la douleur qu’ils éprouvaient de la perte des leurs. D’après l’adage des Anciens : « tout ce que ton pied aura foulé sera à toi ». Les pieds dessinés expriment une idée de vénération et de singulière affection envers les morts. Les parents et amis venaient les baiser comme représentant les pieds de ceux qu’ils pleuraient. Ainsi Madeleine ne se lassait pas de baiser les pieds de Jésus de Nazareth, après les avoir arrosés de ses larmes. La coutume fraternelle du « lavement des pieds » dans l’Eglise romaine, est un geste d’humilité en souvenir de la cène où Jésus lava les pieds de ses apôtres. 

Voilà à travers l’Histoire, retracés quelques exemples de l’importance du pied et de la chaussure, mais sans doute y en a-t-il beaucoup d’autres.  Mais dans la mesure où la fraternité évoque le partage et le respect de la dignité humaine, c’est sûrement de ces symboles que s’inspire la tradition récente des souliers dans la cheminée, placés là pour recueillir les cadeaux du Père Noël.

      H. R., membre d'une Loge Libre

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