• Site mis à jour le 18 septembre 2017, 08:58
illustration-loge-librePour l'existence de Loges maçonniques libres
De l'utilité maçonnique des obédiences…
 
La Franc-maçonnerie offre à celui ou à celle qui le désire, les moyens de son propre accomplissement. Elle libère par les voies de l'initiation, un accès à ce qui serait le bien le plus précieux pour l'homme, c'est-à-dire le gouvernement de soi.L'initiation, que l'on doit comprendre comme "magiquement" le passage d'un état à un autre, propose donc à l'homme resté profane, une sorte d'équipement qui lui permettra de s'accorder le souverain bien et de comprendre qu'en quittant les motifs subis de son existence, il pourra prétendre à saisir enfin les arcanes du désir d'être. Cette initiation n'accorde pourtant aucun pouvoir, aucun surcroît instantané, aucun attribut valorisant. L'initiation doit s'entendre comme la venue prochaine de nouvelles potentialités dont tout le travail sera de se les accorder en propre. Mais ce saut dans les vertiges de la liberté est une des premières grandes difficultés de la démarche.
 
La suite ne se démentira pas. Ni académie, ni petite université du soir, ni le lieu d'une assemblée où il y aurait à savoir et donc à ignorer, la franc-maçonnerie et ses rituels par nature, n'existe pas. 
Car pour réaliser ce qu'elle vient de promettre, elle doit se soustraire au monde. Elle doit s'affranchir de toute attache profane, elle doit disparaître à elle-même, manière de s'apparaître en dehors de toute socialité. La Loge est alors le lieu d'un séjour, la possibilité d'un ailleurs radical, un moment suspendu, une parenthèse où ce qui s'y déploie relève précisément d'une présence à soi. 
Il faudra donc renoncer aux réifications et aux fantasmes du débat politique car la loge est bien rarement l'antichambre d'une quelconque réforme. Tout cela est bien plus en rapport avec la règle d'abstinence en psychanalyse, où l'on sait que la séance "n'a jamais été, n'est pas et ne sera jamais". Nous sommes là en effet dans un monde de représentations secondaires où la réminiscence, le sens de la trace et le sort de l'imaginal tiennent lieu plus sûrement de régimes de rationalité.
 
Les Loges libres, c'est-à-dire sans appartenance obédientielle, ont parfaitement compris cela et considère que le "gouvernement de soi" n'appelle surtout pas le secours d'un pouvoir référentiel. Et on peut s'interroger sur cette attitude insolite des frères se ralliant à une obédience. Car il y a bien quelque chose de contrevenant dans l'idée de restaurer des liens de dépendance là où l'objet est de s'en dessaisir. Cette "servitude volontaire" à un appareil administratif, de la bouche de nos sœurs et frères, se justifie bien sûr. Elle permet aux Loges de s'épargner la dérive sectaire, elle garantit les bonnes pratiques, elle cautionne les discours et protège la validité du parcours initiatique. Mais elle permet aussi l'acquisition immobilière, le contrôle intégral de la communication et l'existence de quelques "fraternelles", ce qui situe cette maçonnerie prétendument universelle comme étant finalement très parisienne… Pourtant ce couvert institutionnel a un prix. Car là où en 1784 en pleine naissance de la franc-maçonnerie, le philosophe des Lumières Emmanuel Kant s'exclame "ose savoir", l'obédience  prescrit, impose, administre, instruit. Ce qui est aussi une  façon entre elles, de constater leur division, leur souci de l'exclusive et la légitimité qu'elles se disputent en brandissant patentes, constitutions et règlements. Chacune de ces obédiences étant nécessairement la plus authentique d'entre toutes. 
 
Une autre maçonnerie existe en France. Elle est significative et pratique sans autre publicité ce qui lui est cher. Vous avez là des femmes et des hommes qui ayant rompu avec la puissance du réseau, traversent la grande solitude de leur indépendance s'étant sans possibilité de retour, éloignés du chaleureux sentiment d'appartenance. Sans plus de mots d'ordre, de correspondance du Conseil de l'Ordre, de questions à l'étude des Loges, ils travaillent et plutôt sérieusement. Ils n'ont plus rien à reproduire ni du discours central, ni à consentir aux douces injonctions des Frères en mal de supériorité. Ils exercent avec ferveur ce projet de ne rien compromettre d'eux pour grandir ce monde d'un peu plus de lumière. Les loges libres savent elles, que la lumière ne s'administre pas. Elles ont donc abandonné l'idée d'une prétendue utilité maçonnique de l'obédience. Elles pratiquent ainsi une maçonnerie anhistorique - comme depuis toujours - avant même que les obédiences ne les fédèrent et considèrent qu'à partir de là, ça commence à compter…
 
On s'étonnera donc de cette contradiction à désirer la liberté en s'affiliant à une obédience. On se questionnera sur ce penchant de l'homme à cautionner son désir par d'improbables attaches institutionnelles. Car la voix et l'esprit d'hommes en quête d'eux-mêmes, ne seraient donc opposables qu'à la condition d'être entendus par un pouvoir, les effets d'une administration et les bienfaits paternels de l'assurance d'un appareil. Pourtant en Loge, le seul événement qui soit, c'est l'événement de la "parole". Non pas de l'énonciation, du discours ou la production d'une énième épistémè. C'est le moment où ayant renoncé à tout projet de signification, nous nous en remettons lointainement à ce qui peut se créer en nous, de parlant. Ce qui "parle" c'est le désir d'être. Et cela même est inconditionnel. C'est l'effet d'un "je" et non pas d'un "nous".
 
Les Loges libres sont respectueuses de leur environnement. Elles ne revendiquent rien d'autre qu'un droit à l'existence que l'on leur offre aujourd'hui très difficilement. Car comment tolérer, dans une sorte de geste autogestionnaire, des femmes et des hommes qui considèrent que le seul bien qu'ils possèdent, c'est précisément le prix qu'ils sont prêts à payer pour ne pas céder sur leur désir? Comment comprendre, que d'eux-mêmes, ils acceptent cette sorte d'ascèse qui ne débouche sur aucune gratification, aucun affichage, aucune valorisation sociale. Mais qu'ayant trouvé dans la nuit de leur nescience les ressorts de la joie et de l'émerveillement, ils se dispensent - comme un projet - d'une autorité supérieure. C'est dire que ces loges libres renoncent aux motifs d'une cause qui viendraient les légitimer. Elles ne se réclament que d'elles-mêmes, non pas dans le sens perverti d'une auto proclamation. Mais que rien ne les précédant ni même leur succédant, cette désertion du social 
- de son ordre et de sa symbolique - revient à s'offrir les mécanismes d'une (contre) structure qui ne repose sur plus rien d'autre que le souffle, ce qui est le plus ultime de la démarche maçonnique. 
Car ce souffle c'est l'initiation. Appartenant alors au monde du symbolique ces femmes et ces hommes deviennent, en fraternité, les vrais sujets de l'histoire. Loin de toute institution, "osant savoir par les moyens de leur propre entendement", c'est là seulement qu'ils trouvent la plus sûre des "Lumières". 
 
Un maçon libre octobre 2014.
 
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